Compagnie Mamaille

En résidence au Théâtre-Maison d’Elsa 

Du 08 au 11 juiller et du 06 au 10 décembre 2019

Interview par Karen Cayrat
 
La saison dernière, la Compagnie Mamaille a présenté Hélène et Sophocle en itinérance sur le territoire. Après une première résidence en juillet consacrée à la création de Les Ficelles de l’Art, la seconde amènera Hélène Géhin à dévoiler une étape du travail en cours d’une autre création, Les Grandes Espérances.
Elle évoque ce sujet lors d’un entretien avec Karen Cayrat de Pro/p(r)ose Magazine.
© Cie Mamaile
« Les Grandes Espérances figurent parmi les chefs-d’œuvre de Charles Dickens.
Pourquoi choisir d’adapter un tel classique aujourd’hui ? »
 
Hélène Géhin « J’ai découvert ce roman tardivement et il m’a beaucoup touchée. Je pouvais y projeter des interrogations personnelles. Dickens parle des inégalités au sens très large. La vie de Pip, le jeune héros, bascule le jour où une petite fille de bonne famille lui dit qu’il est “vulgaire et ordinaire”. Son identité est soudainement ébranlée, il se voit alors comme un “péquenaud” ; il a honte de sa famille et souffre de ressentir de tels sentiments. Il cherche alors à se construire une image qui corresponde à un idéal social et culturel.
 
Dickens décrit le processus de comparaison sociale qui nous domine – et qui domine peut-être la plupart des sociétés humaines. Je suis aussi sensible à la dichotomie qu’il décrit entre la campagne et la grande ville. Je trouve que cette opposition est toujours aussi spectaculaire de nos jours, culturellement, économiquement et socialement parlant. Peut-on se soustraire à tous ces codes ? Peut-on se dégager de l’importance du regard de l’autre ? Peut-on aimer quelqu’un sans jamais le juger, le jauger, le placer sur une échelle de valeur ? J’aimerais soulever ces questions qui sont à la fois intimes et politiques. Mais avant tout, je trouve que ce livre est très drôle, et c’est peut-être la raison qui m’a décidée à sauter le pas. »
 
Humour, énergie, poésie, imprévisibilité, précision semblent particulièrement caractéristiques de l’écriture que cherche à porter la Compagnie Mamaille.
De quelle(s) manière(s) pensez-vous articuler ces éléments au cœur de la mise en scène ?
 
Hélène Géhin L’humour est souvent au centre de mon travail notamment parce que c’est un outil de réflexion, une manière de pointer du doigt la fragilité des hommes. Mais j’aime avant tout l’humour pour ce qu’il est. Faire rire, c’est donner quelque chose de précieux. Quand un spectacle ou une œuvre me fait rire, j’ai l’impression de recevoir un cadeau. L’écriture de Dickens est merveilleusement drôle.
 
Le problème – ou la question – sera de déplacer un humour littéraire vers un plateau de théâtre, et là, c’est assez délicat: il faudra évidemment faire le deuil de certaines parties, qui, une fois “incarnées”, sonneront trop comme de simples gags. La fantaisie, la poésie, l’imprévisibilité seront, je l’espère, des ingrédients de la création. Ce sont des couleurs qui, je pense, font partie de l’esthétique de ma compagnie. J’aimerais jouer avec les codes de la forme “tréteaux” que j’aime bien car elle amène une distance intéressante.
 
Chaque comédien jouera tous les personnages, à tour de rôle. Ainsi, le public verra des acteurs au travail. Certains personnages seront masqués mais pas tous, le masque sera presque un artifice, un outil […] »

Retrouvez la suite de l’interview d’Hélène Géhin par Karen Cayrat dans le magazine Pro/p(r)ose en ligne en cliquant ici